Arsène Tungali pose 3 questions au Dr Denis Mukwege à Panzi

Article : Arsène Tungali pose 3 questions au Dr Denis Mukwege à Panzi
2 janvier 2015

Arsène Tungali pose 3 questions au Dr Denis Mukwege à Panzi

Depuis le 31 décembre, les médecins et staff de l’Hôpital Général de référence de Panzi (à Bukavu dans le Sud Kivu) sont en sit-in pour réclamer justice contre la décision de la Direction Générale des Impôts (DGI) qui leur réclame l’Impôt professionnel sur les rémunérations (IPR) sur leurs salaires, entrainant le blocage du compte bancaire de cette institution de santé.

Lire aussi: RDC: le personnel de l’hôpital Panzi du Dr Mukwege dénonce une mesure discriminatoire

Dans une conférence de presse animée ce matin par le Docteur Denis Mukwege, Médecin Directeur de cette institution de santé qui s’inscrit sur la liste des « structures intégrées dans le système de santé primaire de la province du Sud Kivu », le Prix Sakharov 2014 du Parlement Européen dénonce une mesure discriminatoire à l’égard l’hôpital de Panzi, la seule structure sujette à ces taxes dans la Province et même sur tout le pays (500 hôpitaux du même statut répertoriés mais non touchés).

Denis Mukwege a informé la presse que les agents de l’hôpital étant des agents de l’Etat, leurs salaires, payés par l’Etat Congolais, connaissent la retenue à la source de ces IPR par le Ministère des Finances ; la DGI n’a pas raison de leur demander de payer 650.000$ (Six cents cinquante mille dollars américains) comme impôts pour l’année 2014. Ils ont déposé une plainte à la Justice, aucune suite n’a encore été réservée à leur requête.

D’abord, fustige Dr Dénis, c’est une somme colossale et injuste qui ne devrait pas être demandée à une structure qui soigne entre 3000 et 3600 femmes victimes des violences sexuelles chaque année et dont celles atteintes par les IST et VIH SIDA sont traités gratuitement. Il se demande d’où proviendrait tout cet argent.

L’hôpital est menacé de fermeture car son compte bancaire est bloqué, les agents n’ont pas touché leurs primes, impossible de faire l’approvisionnement en matériels de santé. D’aucuns pense que c’est une stratégie de certaines autorités du pays de le faire taire, suite à ses récentes allégations au Parlement Européen. Panzi et Mukwege lui-même étant devenus une vitrine d’information internationale.

Après la conférence de presse, le Dr Denis Mukwege m’a accordé un entretien privé où je lui ai posé, pour mes lecteurs, 3 questions. Voici le condensé de l’entretien.

Arsène : Pourquoi vous faites ce que vous faites ?

Mukwege : Je le fais parce que je suis humain, mon humanité se justifie par l’humanité de l’autre. Ma vie a de la valeur lorsque l’autre vit, je me bats pour les vulnérables (les femmes victimes de viol et violences sexuelles, ndlr) puisque je considère que ma vie a de la valeur si ces vulnérables peuvent également vivre.

Quelles sont les préalables pour que les violences sexuelles cessent en RDC?

Il faut qu’on arrête ce déni complet des autorités Congolaises. Il faut qu’ils prennent leurs responsabilités. La cause de ces violences sexuelles a ses racines, on ne doit pas continuer à faire un traitement des conséquences, il faut traiter la cause. Pour y arriver, ce n’est pas un médecin d’un hôpital qui va le faire, ce sont les autorités qui doivent avoir une politique cohérente afin que l’on sache qui est en train de violer, pourquoi il viole et comment on peut le stopper. Bref, il faut lutter contre l’impunité.

L’impunité est-elle la cause des violences sexuelles ?

La cause c’est la guerre, celle qui a utilisé le viol comme une arme. Toutes ces personnes qui ont utilisé le viol comme une arme de guerre ont d’abord subi un lavage de cerveau afin de commettre ce qu’ils ont commis. Ces gens ont ensuite été injectés dans la société sans qu’il y ait un préalable traitement pour les rendre utiles à cette communauté.

Ce sont ces personnes qui continuent à commettre ces violences horribles à l’égard de la femme Congolaise, impuissante.

Ce n’est pas une question qui peut se résoudre par un médecin, c’est plutôt l’Etat qui a la responsabilité de protéger sa population ; je le fais juste par amour et par humanité. Ceux qui ont commis ces viols sans être poursuivis, continueront à le faire comme si cela ne causait aucun dommage.

A la question de Qui peut vous stopper ? Le célèbre Dr Denis Mukwege, qu’on surnomme affectueusement, « l’homme qui répare les femmes », a rapidement répondu par un « PERSONNE » ferme sans donner plus de commentaires. Pour dire que personne ne peut le stopper.

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Commentaires

Alain
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Thanks for sharing, Arsène!

Tungali
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Merci Alain d'être passé sur ce blog et d'avoir pris la peine d'y laisser un commentaire. La lutte est encore longue, nous devons la mener ensemble.

A très bientôt encore.

Amos Makelele
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J'aime cette phrase "mon humanité se justifie par l’humanité de l’autre". Really inspiring !

Tungali
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Je suis d'accord.
C'est le concept Africain mieux connu comme le "Ubuntu" qui signifie aussi: "J'existe parce que tu existes".

Merci d’être passé nous voir sur le site, cher Amos.
Au plaisir de te revoir bientôt!